"La cité du mâle", le reportage polémique - Film entier complet 2013

Déprogrammé en urgence le 31 août dernier, quelques heures seulement avant sa diffusion, suite à un appel d'une des journalistes qui avait travaillé dessus, le documentaire La cité du mâle qui passe ce soir sur Arte à 21 heures 35 dans le cadre de la soirée thema «Femmes, pourquoi tant de haine?» est précédé d'une violente polémique, comme le raconte causeur.fr dans un billet très favorable au film. Il faut dire que ce reportage de 52 minutes aborde un sujet délicat — celui du machisme des jeunes des cités — et qu'il a, en plus, été tourné à Vitry-sur-Seine (Val de Marne) en bas des tours du quartier où, en 2002, une jeune fille de 17 ans, Sohane Benziane, a été assassinée, brûlée vive par un amoureux éconduit. Bref, ni le thème ni le lieu ne prêtent à beaucoup de sérénité. L'équipe qui a tourné le film non plus puisque si la diffusion initialement prévue en août a été reportée, c'est en raison de l'intervention d'une des journalistes, Nabila Laïb. La jeune femme est présentée par les médias comme une «fixeuse» — ce qui tend à dramatiser un peu plus l'affaire, puisque les «fixeurs» sont les auxiliaires des journalistes dans les pays étrangers, généralement en guerre comme par exemple l'Irak. En fait, elle est journaliste et s'est chargée de trouver les témoins qui apparaissent dans le film, ce qui, c'est vrai, ressemble à la fonction de fixeur. Et visiblement, elle n'est pas très contente du résultat, qu'elle juge caricatural (et c'est un euphémisme). Du coup, elle est montée au créneau un peu partout dans les médias pour dénoncer le documentaire et sa réalisatrice, Cathy Sanchez. Caricatural, le film l'est assurément. Déjà, son titre : la Cité du mâle. Ensuite, le choix de ladite cité, qui parasite de bout en bout le documentaire. Difficile de dénoncer le machisme ordinaire des cités en prenant ancrage dans un quartier qui a vécu un événement extraordinaire — car même si, comme le souligne justement le film, il y a d'autres Sohane, cela reste exceptionnel. Quant au commentaire, qui se veut dramatisant, il est surtout en décalage total avec les images. Parler de «milice de quartier» ou de «fascisme ordinaire» quand on montre simplement des petits jeunes qui jugent qu'une fille de 14 ans n'a pas à sortir dans la rue en mini short moulant, c'est ridicule. Pour autant, la belle unanimité avec laquelle les médias ont condamné ce film est-elle justifiée? Non. Le documentaire de Cathy Sanchez ne se résume pas à une accumulation de «lieux communs», comme le clame Libération ce matin dans un article assassin. Bien sûr, les propos des jeunes qui sont interrogés sont affligeants (du genre « si une femme se fait frapper, c'est parce qu'elle l'a mérité »), bien sûr certains d'entre eux ont l'air défoncés, et racontent n'importe quoi comme Rachid, meilleur ami du meurtrier de Sohane qui emploie le mot «pute» toutes les trois syllabes, ou Alexandre, qui rit comme un nigaud en expliquant qu'il s'est converti à l'islam et qu'il veut épouser une vierge parce que c'est «propre». Evidemment, ces gamins qui tiennent les murs sont très minoritaires. Mais il reste que ce sont eux qui font la vie, l'ambiance de la cité pendant que les autres sont à l'école, au boulot ou tout simplement chez eux. Ce sont eux qui parlent le plus fort, eux qu'on entend, eux qui embêtent les filles. La vision caricaturale qu'on prête à la réalisatrice correspond à une réalité : ces gamins sont des caricatures. Surtout quand une caméra passe par là. S'il est bête de les comparer à des fascistes, il l'est tout autant de vouloir en faire des anges... ou de ne jamais évoquer la situation des filles dans les cités. AVOIR ABSOLUMENT APRES CE REPORTAGE: LA CONTRE ENQUËTE: http://www.bakchich.info/medias/2010/12/17/la-cite-du-male-la-contre-enquete-59311 Reportage: "La cité du mâle", le documentaire polémique - Film entier complet 2013

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